Les chrétiens des origines étaient les successeurs de Jésus, le Christ. Son enseignement simple était partie intégrante de leur vie
Sommaire : Les communautés chrétiennes primitives ont été constituées autour de ceux que Jésus avait regroupés autour de Lui et qui ont essaimé à sa mort . Tâches charismatiques au sein des Communes des origines : Prophètes, instructeurs, guérisseurs. Ils vivaient eux-mêmes ce qu’ils enseignaient aux autres. Les ‘administrateurs’ et ‘gardiens’ des Communes, aux tâches plus matérielles, s’octroyèrent toujours plus de pouvoir et devinrent les évêques et les prêtres. A une époque marquée par le culte de multiples divinités, le christianisme des origines fut, petit à petit, gangrèné par des éléments de ces cultes d’origine païenne.. Le rôle essentiel de Paul dans le détournement de l’enseignement de Jésus de Nazareth.... Diffamations, persécutions, tortures et assassinats : tous les moyens furent bons pour anéantir le courant du christianisme des origines.... Sous le pouvoir dictatorial et totalitaire des évêques, le christianisme fut détourné et s’engagea dans une direction totalement opposée à celle de ses débuts. D’une Eglise gangrenée par les rites païens, l’empereur Constantin fit, de facto, une Eglise d’Etat... De nos jours encore, officiellement ou non, l’Eglise reste une Eglise d’Etat ....
Ceux que l’histoire connaît sous le nom de ‘chrétiens des origines’ sont les tous premiers successeurs de Jésus de Nazareth. Les communautés chrétiennes primitives ont été constituées autour de ceux que Jésus avait regroupés autour de Lui et qui ont essaimé à sa mort. Il est tout à fait correct de parler de communautés dans le sens où les hommes et les femmes qui ont rejoint ces groupes ont immédiatement développé des modes de vie communautaire centrés sur la mise en pratique des enseignements de Jésus. Ces ‘communautés’ ou ‘communes’ étaient parfaitement démocratiques et dépourvues de hiérarchie cléricale, personne ne détenant le droit ou le privilège d’énoncer la vérité. Ces communes étaient indépendantes et on y procédait au partage et à la mise en commun (d’où leur nom) des biens et des richesses. Dans le Nouveau Testament (Ac 4, 32), on peut lire : ‘La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme. Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux, tout était commun.’ Il s’agit d’une simple phrase, mais elle exprime très bien dans quel esprit vivaient les chrétiens des origines. Au sein de ces Communes, tous étaient égaux, les femmes également, ce qui pour l’époque était naturellement tout à fait révolutionnaire et l’est d’ailleurs encore aujourd’hui sous bien des aspects quand on pense à la place que l’Eglise catholique accorde aux femmes aujourd’hui encore. De plus, chacun y vivait du travail de ses mains. Il s’agissait donc de communautés de vie et de travail. Ce qui était produit servait à entretenir la communauté, à son bien-être, mais aussi à secourir les nécessiteux. On peut donc dire que les chrétiens des origines se comportèrent en véritables successeurs de Jésus de Nazareth puisqu’ils incluaient dans leurs pensées et donc dans leur vie ce que celui-ci avait enseigné. Bien sûr, ils étaient loin d’être parfaits, mais en tout cas ils s’efforçaient de vivre au quotidien les enseignements et les aspects de la Loi que Jésus avait révélés sans les qualifier d’utopiques et d’irréalistes. Ils ne pratiquaient pas un repas de la Cène rituel mais prenaient leurs repas en commun et c’était pour eux une occasion de s’unir intérieurement, en Esprit, avec Jésus de Nazareth. Dans la nourriture ils voyaient l’Esprit de Dieu et ils respectaient la vie en toutes choses et sous toutes ses formes. Contrairement à ce que certains pourraient croire, les premiers chrétiens ne pratiquaient pas non plus de baptême rituel par l’eau que Jésus n’a d’ailleurs jamais préconisé. Ils se contentaient d’accueillir avec le cœur ceux et celles qui choisissaient de rejoindre la communauté. En définitive, tout y était beaucoup plus simple et génial que ce que l’Eglise en a fait plus tard. Comment les premiers chrétiens se comportaient-ils envers la Mère-Terre et envers les animaux ? Nous avons la certitude, car cela figure dans des témoignages d’époque, que Jacques, le frère de Jésus, qui fut le 1er dirigeant de la Commune des origines de Jérusalem, était végétarien. Les historiens ont exhumé de nombreuses correspondances échangées entre communautés et celles-ci témoignent que la plupart des premiers chrétiens étaient végétariens, seules quelques communautés ne l’étaient pas. Voyons par exemple ce que Minutiox Felix écrit à Octavius avec qui il entretenait une correspondance. Nous citons : ’Nous craignons tellement de faire couler le sang humain que nous ne servons même pas à notre table de viande animale.* Cela témoigne que pour les chrétiens des origines, le 5ème Commandement ‘Tu ne tueras point’ ne s’applique pas seulement aux hommes mais également aux animaux.’ L’écrivain et historien allemand Karlheinz Deschner le confirme à la page 278 de son livre «Abermals krähte der Hahn» : « Chez les ébionites, les successeurs des Communes des origines qui furent eux aussi rapidement accusés d’hérésie, on ne croyait pas non plus au sacrifice expiatoire de Jésus, et le pain et le sel constituaient les éléments du repas de la cène, ce qui est également considéré comme la plus ancienne forme de l’eucharistie. »* (il s’agit de notre propre traduction, ce livre n’étant pas disponible en français) Un autre texte fait référence à Jacques, le frère de Jésus dont il était question plus haut. Voilà ce qu’on y dit de lui : ‘Il ne buvait ni vin, ni spiritueux. Il ne mangeait pas non plus de viande’ (Carsten Strehlow / Végétarisme, végétalisme sont partie intégrante du christianisme). Et, dans ce livre, il est dit également que Jaques « …ne portait jamais d’habits en laine, mais en lin, et ne chaussait jamais de sandales de cuir ». Pour quelle raison et pourquoi celui qui rapporte ces faits en fut-il à ce point marqué, si ce n’était par conviction et, en l’occurrence, par souci d’épargner la vie des animaux ? Peu de gens le savent, le Nouveau Testament résulte d’un choix humain totalement arbitraire. Lors de sa conception, 4 textes ou évangiles ont été retenus, parmi beaucoup d’autres qui furent écartés, pour des raisons que l’on pourrait qualifier aujourd’hui de purement idéologiques. Et comme par hasard, dans les textes mis à l’index et connus de nous sous le terme d’apocryphes, les apôtres apparaissent comme étant végétariens, non par conformisme rituel mais par conviction profonde, par respect pour la vie. Voilà ce qu’on peut lire dans l’un de ces documents à propos de Pierre : ‘Je vis de pain et d’olives auxquels j’ajoute très occasionnellement des légumes’* ou à propos de Matthieu ‘Matthieu mangeait des grains, des noix et des légumes, et s’abstenait de toute chair’**. Quant à Jean, voilà ce qu’on nous dit à son propos : ‘Jean n’a jamais consommé de viande.’*** Les pères de l’Eglise eux-mêmes témoignent du fait que les 1er chrétiens étaient végétariens. Ainsi, Jean Chrysostome (345-407) considérait l’alimentation carnée comme une coutume cruelle et contre nature pour les chrétiens. Il disait : « Nous imitons les moeurs des loups, des léopards, ou plutôt nous faisons pire qu’eux. La nature les a faits pour qu’ils se nourrissent ainsi, mais Dieu nous a dotés de la parole et du sentiment de l’équité, et nous voilà devenus pires que les bêtes sauvages.» et aussi : «Nous, les dirigeants chrétiens, pratiquons l’abstinence de la chair animale.» Par ailleurs, nous savons qu’il n’était pas possible à un chasseur d’intégrer une Commune des origines tant qu’il n’avait pas renoncé à cette activité et que cela était également valable pour les soldats car le fait de tuer un homme ou un animal est contraire aux Lois de Dieu. Au sein de ces Communes, chacun vivait du travail de ses mains, personne ne se comportait en oisif. Voici une citation extraite du livre d’Eberhard Arnold, déjà cité, intitulé ‘Ordre de la Commune’ : « Si l’un d’entre vous n’exerce pas de profession, alors mettez tout en œuvre, selon votre entendement, pour qu’il ne reste pas inactif. Et si ce dernier se refuse à changer, c’est qu’il poursuit d’autres buts en rejoignant la Commune, alors méfiez-vous de lui. » A la lecture de ce passage on comprend qu’il n’y avait pas de place pour les prêtres dans les Communes des origines. En fait, ce sont toutes les professions dont l’exercice plaçait celui qui l’exerçait en contradiction avec l’enseignement chrétien qui n’étaient pas admises dans les Communes du christianisme des origines. Voilà ce qu’indique l’Ordre de la Commune d’une communauté des premiers temps du christianisme (voir plus haut, Eberhard Arnold) : « Les activités professionnelles ou commerciales de ceux qui souhaitent intégrer la communauté doivent être examinées attentivement. Un peintre ou un sculpteur ne pourra être accepté au sein de la Communauté que s’il renonce à reproduire des idoles. Tous ceux qui participent aux jeux du cirque : conducteurs de chars, lutteurs – qu’ils soient opposés à d’autres lutteurs ou à des animaux – et leurs entraîneurs, fonctionnaires de l’empire impliqués dans l’organisation ou le déroulement de ces jeux, devront renoncer à cette activité sous peine de ne pas être acceptés dans la Commune. Les prêtres ou les maîtres de cérémonies idolâtres et païennes devront également changer d’activité ainsi que les militaires et tous ceux qui, par leur activité, sont en situation de donner la mort. Tout gouverneur de province ou tout administrateur d’une cité revêtu des marques de dignité de couleur pourpre et détenteur du glaive de la justice, devra quitter ces fonctions s’il souhaite intégrer la Commune. » A ces mots, on constate que les premiers chrétiens prenaient les Commandements divins très au sérieux et que, s’ils voyaient une contradiction entre l’enseignement divin et les activités d’une personne, celle-ci ne pouvait en aucun cas intégrer la Commune, à moins qu’elle ne renonce à ses activités et donc se mette en conformité avec les enseignements. Cela veut donc dire qu’ils s’efforçaient de mettre en pratique les Commandements de Dieu contrairement à ceux qui nous enseignent que cela relèverait de l’utopie.
Tâches charismatiques au sein des Communes des origines : Prophètes, instructeurs, guérisseurs. Ils vivaient eux-mêmes ce qu’ils enseignaient aux autres Dans la mesure où il n’existait aucune forme institutionnelle ou hiérarchique au sein de ces assemblées, dans la mesure aussi où il n’y avait pas d’intermédiaire entre eux et le divin, c’est-à-dire pas de prêtres, quelles relations les chrétiens des origines entretenaient-ils avec le monde divin et comment s’y prenaient-ils ? Cela nous est très bien expliqué dans la 2ème épitre de Pierre (1, 19): « Nous avons aussi la parole plus ferme des prophètes à laquelle vous faites bien d’être attentifs, comme à une chandelle qui a éclairé dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour ait commencé à luire et que l’étoile du matin se soit levée dans vos cœurs. » Ce passage témoigne que la parole prophétique se manifestait de façon courante chez les premiers chrétiens, ce qui veut dire que Dieu s’adressait à eux et à tous ceux qui voulaient bien l’entendre à travers des hommes et des femmes illuminés, tout comme Il s’était adressé aux Israélites à travers les grands prophètes que l’Ancien Testament nous donne à connaître. On retrouve également cet aspect dans la 1ère lettre aux Corinthiens (1 Co 12, 28), où on peut lire : « Et Dieu a placé dans l’Eglise, premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement des enseignants, ensuite il donna la force de faire des miracles, puis les dons de guérir les maladies, de secourir et de diriger. » Au travers de tels témoignages, nous apprenons donc qu’au sein des premières Communes il existait non seulement des prophètes, mais aussi des enseignants ayant pour tâche de communiquer aux autres ce que Jésus avait enseigné, ainsi que des guérisseurs. Ce ne sont pas ces derniers qui guérissaient mais la force de Dieu agissant à travers eux par la prière et par la foi. Au sein de la Communauté, ces tâches n’étaient réparties ni de façon autoritaire, ni de façon arbitraire, mais leur attribution était fondée sur le charisme et le rayonnement des personnes concernées, mesurés à leur mise en pratique des enseignements de Jésus et donc à ce qui s’exprimait dans leur vie à travers leur comportement quotidien. Ainsi, quelqu’un qui ne se montrait pas spirituellement à la hauteur d’une tâche ne pouvait pas en obtenir la charge et s’il en disposait déjà, il pouvait la perdre.
Les ‘administrateurs’ et ‘gardiens’ des Communes, aux tâches plus matérielles, s’octroyèrent toujours plus de pouvoir et devinrent les évêques et les prêtres Aux côtés de ces personnes qui dirigeaient et guidaient spirituellement la Commune, il existait également des tâches en rapport avec la vie matérielle de la communauté. Les administrateurs chargés de gérer les réserves et les biens de la Commune et qui avaient également la tâche de gardien étaient appelés ‘Espiskopoi’ ce qui signifie gardien en grec. C’est ce mot qui, plus tard donnera naissance au terme d’‘évêque’. Dans ces communautés, il existait aussi des ‘anciens’, les ‘Presbitoroi’ dont le nom est à l’origine du mot ‘prêtre’. Par la suite, prêtres et évêques ont finalement pris le pouvoir au sein de ces communautés alors qu’à l’origine leurs tâches étaient beaucoup moins importantes pour la bonne conduite du groupe que celles dont nous avons parlé plus haut. Ainsi, peu à peu les prêtres et les évêques ont délogé les prophètes et les enseignants spirituels qui dirigeaient les Communes dans le sens de l’Esprit. Comme le coucou, ils se sont appropriés le nid d’autrui et ont jeté bas les œufs qui ne leur convenaient pas. De la sorte, le but spirituel a été supplanté par des impératifs matériels. Quand et comment ce passage s’est-il opéré ? En 117, Ignace d’Antioche, un des Pères de l’Eglise écrit ce qui suit aux chrétiens de Smyrne : « Suivez tous l’évêque comme Jésus-Christ suivait son Père et le presbyterium comme les apôtres, quant aux diacres, vénérez-les comme la loi de Dieu. Que personne ne fasse en dehors de l’évêque rien de ce qui regarde l’Eglise. Que cette eucharistie seule soit regardée comme légitime qui se fait sous la présidence de l’évêque ou de celui qu’il en aura chargé. Là où paraît l’évêque, que là soit la communauté, de même que là où est le Christ Jésus, là est l’Eglise catholique. Il n’est permis, en dehors de l’évêque ni de baptiser, ni de faire l’agape, mais tout ce qu’il approuve est également agréable à Dieu.» et s’adressant aux chrétiens de Tralles, il ajoute : « Vous devez tous révérer les diacres comme Jésus-Christ Lui-même, l’évêque comme l’image du Père, les presbytres comme le séant de Dieu et le collège des apôtres. » En fait, la fonction d’évêque c’est-à-dire de gardien, n’est pas apparue qu’au sein des premières Communes chrétiennes, celles-ci n’ont fait en réalité que reproduire ce qui existait déjà dans le cadre des cultes païens de l’époque. Dans un des livres de Karlheinz Deschner*, célèbre historien allemand spécialiste de l’histoire de l’Eglise et mondialement renommé pour la qualité de son travail, on peut lire ce qui suit : « Chez Homère, Achille, Sophocle et Pindare, les évêques étaient les dieux qui surveillaient les bonnes et les mauvaises actions des hommes. Platon et Plutarque utilisaient ce terme également dans le sens d’éducateur. Mais il était aussi utilisé par certains philosophes du courant cynique. Cependant, dès le 2ème siècle avant Jésus-Christ, il existait des fonctionnaires du culte appelés ‘évêques’. Selon le théologien Schneider, l’évêque chrétien ne se différencie de son homologue païen que par le pouvoir dictatorial qu’il exerce. » Ainsi, l’évêque chrétien se situe dans la continuité de l’évêque païen, à cette différence près qu’il exerce un pouvoir beaucoup plus puissant, quasi dictatorial. En réalité, c’est toute la structure hiérarchique de l’Eglise qui est calquée sur le modèle païen.
A une époque marquée par le culte de multiples divinités, le christianisme des origines fut, petit à petit, gangrené par des éléments de ces cultes d’origine païenne Ainsi, le pape, le ‘papa’ italien mot formé de l’abréviation Pater Patrum – le père des pères – a pour modèle le chef suprême du culte de Mithra. Dans la religion de Mithra, au sommet de la hiérarchie, il y avait les Pères dont le rôle ressemblait à celui des évêques chrétiens et le Père des Pères, comparable à notre pape. Saint Augustin rapporte qu’il fut frappé, lors d’un échange avec un de ces Pères des Pères qu’il avait rencontré, de l’entendre dire qu’ils servaient tous deux le même Dieu. On le constate à cette anecdote, les contacts et les échanges entre chrétiens et fidèles du culte de Mithra, et d’autres cultes païens, étaient alors nombreux. Le christianisme des origines évoluait donc dans un environnement faisant la part belle aux pratiques et coutumes païennes.
Le rôle essentiel de Paul dans le détournement de l’enseignement de Jésus de Nazareth A ce point, il convient de se pencher sur le rôle essentiel que Paul a joué dans ce processus. Paul de Tarse, juif orthodoxe qui n’avait jamais connu Jésus, fit preuve d’un zèle profond pour sa religion (le judaïsme, de la secte des pharisiens). Il rejoignit les rangs des persécuteurs des premiers disciples du Christ, participant à cette période à la lapidation d’Etienne. Il était également fortement imprégné de culture romaine, revendiquant sa double appartenance juive et romaine, dont il se vante à plusieurs reprises. Ses contacts avec les autorités romaines sont troublants et font l’objet d’interrogations : pourquoi un petit missionnaire, comme il se décrit parfois, aurait-il droit à une escorte de 70 cavaliers et 200 gardes pour son transfert de Jérusalem à Césarée. On évoque aussi de nombreux entretiens entre Paul et Félix, entre Paul et Festus et même une entrevue entre Paul et le roi Aggripa. Il semblerait donc que Paul soit investi d’un pouvoir politique plus grand qu’il ne semble l’admettre, que ce soit par modestie ou non. Quoiqu’il en soit, après sa conversion, c’est avec la même ardeur qu’il sert la cause dont il se sent désormais le dépositaire et surtout la conception qu’il en a, s’opposant par là-même à d’autres courants du christianisme. A ce propos, plusieurs historiens ont remis en cause la véracité de l’épisode survenu sur le chemin de Damas et ayant conduit à sa conversion et à son baptême. Cet épisode aurait été inventé de toute pièce par Saul dans le but de crédibiliser son action. En effet, désormais il se présente lui-même comme un apôtre du Christ, et même comme le bénéficiaire de la dernière apparition de Jésus. Pour simplifier, on oppose généralement la vision universelle du christianisme de Paul à la version strictement judaïque des autres successeurs de Jésus. De fait, cette opposition en recouvre bien d’autres. Paul présente la résurrection de Jésus comme une promesse pour tous les hommes, n’évoquant que le Jésus crucifié et ressuscité. Selon son interprétation, Jésus étant venu sur Terre pour apporter le salut aux hommes, celui-ci ne dépend plus des œuvres de l’homme mais de sa seule foi en Jésus. Chez Paul apparaissent les concepts de rédemption, de justification, de conscience, de liberté, que l’on ne trouve pas dans les Evangiles, écrits postérieurement. Ainsi, beaucoup considèrent que Paul a considérablement théologisé le message du Christ et les différences entre le Fils de Dieu dont il parle et le Jésus des Evangiles sont parfois jugées considérables. C’est pourquoi Alfred Loisy a pu dire « Le Jésus auquel Paul s’est converti n’est pas le prédicateur du Règne de Dieu. » En plus de ses conceptions en matière de doctrine, Paul a également introduit dans le christianisme des aspects plus en rapport avec sa personnalité telle que la notion d’autorité. On a souvent mis en avant son caractère impétueux et la rudesse de sa nature, jetant l’anathème contre les ennemis de sa foi, aveuglant, abattant ceux qui lui résistaient. Sa vision de la femme et de la place qu’il convient de lui accorder dans la communauté sont malheureusement toujours d’actualité au sein de l’Eglise, contrairement à ce qui se passait chez les premiers chrétiens puisqu’on y comptait beaucoup de femmes prophètes. On devrait également toujours se souvenir que Jésus était entouré de nombreuses femmes qui ont joué un rôle très important auprès de lui. S’il n’a pas lui-même rédigé directement un Evangile, Paul a malgré tout joué un très grand rôle dans leur élaboration. Ainsi, dans sa 2ème lettre à Timothée (2 Tm 4,13) il écrit : « Hâte-toi de venir me rejoindre au plus vite… Luc seul est avec moi… Prends Marc et amène-le avec toi car il m’est utile pour le ministère… Quand tu viendras, apporte les livres et surtout les parchemins. » Comme on vient de le voir, ce passage nous apprend que Paul avait des contacts très étroits aussi bien avec Luc qu’avec Marc qui rédigèrent chacun un Evangile. Quelle fut son influence sur eux ? Un document bien connu des spécialistes de la Bible apporte un élément de réponse à cette question. Il s’agit du Canon Muratori, du nom de celui qui l’a découvert au XVIIIème siècle. Ce document expose une liste des textes canoniques du Nouveau Testament, retrouvée à Milan dans un manuscrit latin du VIIIème siècle. Selon les spécialistes, cette liste daterait du 2ème siècle, ce qui en ferait un des documents anciens les plus fiables de l’histoire du christianisme. On peut y trouver des informations de première main sur la rédaction des évangiles et du Nouveau Testament : « Troisième livre de l’Evangile selon Luc. Ce Luc était médecin. Après l’ascension du Christ, Paul l’ayant pris pour second à cause de sa connaissance du droit, il écrivit avec son assentiment ce qu’il jugeait bon. Cependant, lui non plus n’avait pas vu lui-même le Seigneur dans la chair. Et par conséquent, selon ce qu’il avait pu s’informer, il commença à le dire à partir de la nativité de Jean. » Ainsi, ce document datant du 2ème siècle, rédigé en grec à l’origine et reproduit par le Canon Muratori, nous apprend que ni Paul, ni Luc n’ont connu le Seigneur. Pourtant, sous l’influence et les conseils de Paul, Luc entreprend de rédiger un Evangile. Qui peut croire alors que Paul n’ait introduit ses propres conceptions dans cet Evangile soit directement, soit à travers l’influence exercée sur Luc ? Mais comment Paul a-t-il été amené à croire qu’il était investi de la mission de régenter la vie et l’organisation du christianisme naissant ? Il est certain qu’il éprouvait une certaine fascination, voire de l’admiration pour les chrétiens qu’il avait appris à connaître en s’opposant à eux et même en les combattant. Cependant, il y avait en lui encore beaucoup de conceptions despotiques et, à maints égards, il ne mettait pas en pratique dans sa vie les enseignements de Jésus. Ainsi, alors que Jésus exprimait ceci : « Que celui qui veut être le plus grand soit votre serviteur »(Mt 20, 26), Paul, lui, se montre très autoritaire, voire despotique, développant une conception hiérarchique du pouvoir. Voici ce qu’il écrit dans une de ses lettres aux Galates : « Mais si quelqu’un, même nous ou un ange du Ciel, vous annonçait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème ! » (Ga 1,8) On le voit, les propos de Paul sont extrêmement menaçants envers ceux qui n’y adhèrent pas. Par ailleurs, sur les conceptions despotiques de Paul est venue se greffer parallèlement l’influence des différents cultes païens et de leurs structures hiérarchiques, de sorte que peu à peu le christianisme s’est toujours plus éloigné de ses origines, donnant naissance à une doctrine qui n’avait plus rien à voir avec l’enseignement de Jésus : l’union de la tyrannie et de la hiérarchie dans le pouvoir. Et l’Eglise est la fille engendrée par cette union. De fait, Saul de Tarse, l’homme autoritaire et vindicatif, continuait d’exister à travers Paul. Qu’il ait cessé de persécuter les chrétiens, ne veut pas dire qu’il se soit débarrassé pour autant de ses ambitions, qu’il se soit penché véritablement sur l’enseignement de Jésus et qu’il l’ai fait sien. Converti au christianisme, il y arrive avec l’exigence que les choses soient telles qu’il le pense. Ce sentiment est d’ailleurs renforcé et légitimé en lui par le fait qu’il se considère comme le dernier témoin de l’apparition de Jésus. Fort de la légitimité qu’il s’accorde, Paul entreprend de réinterpréter l’enseignement de Jésus. Alors que ce dernier s’est toujours opposé à l’idée de sacrifice sanglant, Paul l’a réintroduite à sa façon dans le christianisme des origines, faisant valoir qu’il avait fallu la mort de Jésus pour réconcilier l’humanité avec Dieu. C’est l’agneau pascal offert à Dieu en sacrifice. Cependant, Jésus-Christ, avant ou après sa mort et sa résurrection en Esprit n’a jamais avancé de telles choses qui ne sont en fait que pures conceptions païennes. Ce faisant, Saul de Tarse reste dans la tradition du culte sanglant des Hébreux de l’Ancien Testament et de tant de cultes païens de l’époque. Voilà ce que Karl-Heinz Dechner a écrit à ce propos : « Paul parle toujours de réconciliation, de rédemption et d’expiation par Son sang de rédemption (le sang du Christ), par son sang de pacification, le sang qu’Il a versé sur la croix. » La 2ème falsification de l’enseignement de Jésus auquel s’est livré Paul est sans doute encore plus lourde de conséquence. C’est celle qui consiste à affirmer que l’essentiel réside dans le seul fait de croire en Dieu et en Jésus-Christ, rendant parfaitement secondaire la mise en pratique de ses enseignements. Voilà ce que Paul écrit dans une épître aux Romains : «Car nous pensons que l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi.» (Rm 3, 28) A l’opposé de ces propos, voilà ce que nous dit Jésus, selon Matthieu (Mt 7, 24-27) : « Tout homme qui écoute ce que je vous dis là et le met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé et s’est abattue sur cette maison ; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc. Et tout homme qui écoute ce que je vous dis là sans le mettre en pratique est comparable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé, elle a secoué cette maison ; la maison s’est écroulée, et son écroulement a été complet. » Et Paul a falsifié l’enseignement de Jésus de bien d’autres façons, adaptant le christianisme aux conditions de l’empire romain, affirmant par exemple que tout chrétien a le devoir d’obéir aux autorités de ce monde, puisque celles-ci ont été instituées par Dieu et qu’elles portent le glaive pour instaurer la justice et châtier le mal (Rm 13, 1-4). Comme on le sait, cette interprétation reste valable au sein de l’Eglise depuis près de 2000 ans et ses conséquences en ont été catastrophiques. Jésus, Lui, a dit : « Donnez à l’empereur ce qui revient à l’empereur et à Dieu ce qui revient à Dieu. » (Mt 22, 21) Dans les actes des Apôtres, on lit même (Ac 5, 29) : « Il convient d’obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.» Ces paroles de Paul ont toujours été une aubaine pour l’Eglise, trop heureuse de pouvoir ainsi justifier toutes ses compromissions avec le pouvoir temporel, son soutien à la peine de mort et à la guerre. Un autre point n’est pas non plus sans importance : c’est le rejet du végétarisme par Paul, car c’est lui qui a dit (1 Co 10, 25) : « Mangez de tout ce qui se vend au marché, sans vous enquérir de rien par motif de conscience. » Cette affirmation a eu des conséquences dramatiques qui se poursuivent aujourd’hui encore où des milliards d’animaux sont assassinés avec la complicité consciente ou inconsciente de la majorité des chrétiens. Pourtant, les premiers successeurs du Nazaréen étaient végétariens.
Diffamations, persécutions, tortures et assassinats : tous les moyens furent bons pour anéantir le courant du christianisme des origines Nous venons de le voir, l’enseignement propagé par Paul est à l’opposé de ce qu’enseignait Jésus. Pourtant, à l’époque la pensée de Jésus habitait nombre de chrétiens des origines. C’est en accomplissant pas à pas Son enseignement, qu’ils s’efforçaient de lui rendre hommage. Dans ces conditions, comment Paul a-t-il pu prendre l’ascendant dans les communautés chrétiennes primitives et y imposer ses conceptions. En fait, très tôt après sa conversion, Paul entreprit une grande campagne de prosélytisme, fondant de nouvelles communautés sans lien aucun avec celles de Jérusalem et de Palestine édifiées peu après la mort de Jésus par ses successeurs directs. S’adressant à des personnes totalement ignorantes de l’enseignement de Jésus de Nazareth et de l’esprit du christianisme en vigueur dans les communautés des origines, Paul ne rencontra aucune difficulté à imposer ses conceptions personnelles. Mais d’autres facteurs ont également contribué à l’affaiblissement du christianisme des origines. Dès son apparition et son affirmation en tant que religion nouvelle, le christianisme originel eut à subir les persécutions du sanhédrin (Saul/Paul de Tarse fut particulièrement actif et entreprenant à cet égard). Des campagnes de calomnies et de mensonges habilement conduites furent systématiquement organisées pour discréditer les chrétiens. On racontait par exemple qu’ils tuaient des enfants ou se livraient à des orgies sexuelles. Ces rumeurs soigneusement entretenues étaient clairement destinées à leur nuire. Soucieuses au plus haut point d’assurer l’ordre public, les autorités romaines n’hésitèrent pas à sévir contre ceux qui apparaissaient comme des fauteurs de trouble et adversaires de leur pouvoir. Ainsi commença la persécution des chrétiens. Les meilleurs d’entre eux, les plus stables, les plus clairs et les plus engagés furent naturellement les premières victimes de ces persécutions. Privées de ceux et de celles qui auraient pu les garder dans l’esprit du christianisme véritable, les communautés des origines s’ouvrirent peu à peu et toujours plus à l’influence des conceptions et rituels païens. La pression s’exerçait donc à la fois de l’intérieur et de l’extérieur et c’est ainsi qu’au cours du temps, le christianisme des origines s’affaiblit. Tout ceci se situe dans la logique de ce qui a conduit à la mise à mort de Jésus. Le Nouveau Testament nous renseigne largement sur les manigances de la caste des prêtres à l’encontre de Jésus de Nazareth déjà de son vivant. Ainsi, fut-il traité de « fils du diable » ou d’adorateur d’un « faux Dieu ». Pour leur part, ceux qui le suivaient constituaient « la secte du Nazaréen ». Le terme, né de la bouche des Pharisiens de Jérusalem et de Palestine, connut ensuite une grande popularité auprès des prêtres des cultes païens en vigueur dans l’empire romain. Bientôt les persécutions furent le fait de l’administration impériale. Justin le martyr, Père de l’Eglise et l’un des plus grands philosophe de son temps a beaucoup œuvré pour que justice soit rendue aux chrétiens injustement persécutés. Il faut savoir qu’à cette époque (début du 2ème siècle de notre ère) une simple dénonciation comme chrétien suffisait à conduire quelqu’un devant le tribunal et l’exposer à la peine de mort. Justin se fit leur avocat auprès des plus hautes autorités de l’Etat, cherchant à démontrer à la justice et aux autorités impériales le caractère inique et malveillant des accusations portées contre les chrétiens. Lui-même fut d’ailleurs victime de cette vindicte. Voilà ce qu’on peut lire sous sa plume alors qu’il s’adresse « A l’empereur Titus Elius Adrien Antonin, Pieux, Auguste César; à Verissime son fils, philosophe, et à Lucius, philosophe, fils de César par la nature et de l’empereur par adoption; au sacré sénat; et à tout le peuple romain; pour ces hommes de toute race, injustement haïs et persécutés … » : « …Les accusés ordinaires qui paraissent devant vous, vous ne les frappez qu’après les avoir convaincus : et nous, notre nom suffit pour nous condamner. Et pourtant, à ne considérer que le nom, vous devriez bien plutôt sévir contre nos accusateurs. Nous sommes chrétiens : voilà pourquoi l’on nous accuse : il est pourtant injuste de persécuter la vertu. Que si quelqu’un de nous vient à renier sa qualité et à dire : Non, je ne suis pas chrétien, vous le renvoyez comme n’ayant rien trouvé de coupable en lui : qu’il confesse, au contraire, courageusement sa foi, cet aveu seul le fait traîner au supplice, tandis qu’il faudrait examiner et la vie du confesseur et la vie du renégat, et les juger chacun selon leurs œuvres… »* Les ennemis des chrétiens sont alors nombreux. Justin les connaît et les dénonce comme tels. Dans un texte, il accuse les prêtres de Jérusalem par ces mots : « Vous avez choisi des hommes de Jérusalem et les avez envoyés dans le monde entier pour qu’ils racontent qu’une secte impie serait née dans le christianisme. C’est ainsi que des personnes qui ne nous connaissent même pas viennent pour nous accuser. » On le comprend à cette lecture, les méthodes les plus scélérates furent employées pour nuire aux chrétiens et empêcher que se répandent les enseignements de Jésus-Christ. Des émissaires étaient envoyés dans les villes de l’empire où des communautés chrétiennes étaient identifiées avec pour mission de les dénoncer auprès des autorités romaines. Plus tard, après que le christianisme ait perdu peu à peu son authenticité originelle et intégré de plus en plus d’aspects païens, sous les coups répétés de ses adversaires, et qu’il ait acquis une large audience parmi la population, les conditions d’une alliance entre l’Eglise et l’Etat furent réunies. Celle-ci s’effectua sous Constantin. Par bien des côtés, les méthodes d’aujourd’hui rappellent celles d’hier. Pour discréditer une communauté de foi et la mettre au ban de la société, il suffit de propager des rumeurs, des mensonges à son encontre et la qualifier de secte. Immédiatement, la suspicion se répand et la peur fait le reste. A deux mille ans d’intervalle, les hommes changent mais les méthodes demeurent.
Sous le pouvoir dictatorial et totalitaire des évêques, le christianisme fut détourné et s’engagea dans une direction totalement opposée à celle de ses débuts Après que le christianisme originel ait été dispersé et anéanti par les moyens que nous venons d’évoquer, un changement radical s’opéra au sein des communautés qui se réclamaient du Nazaréen mais n’avaient progressivement plus rien à voir avec lui. L’une des caractéristiques principales de ce changement fut la prise de pouvoir par les évêques qui s’opéra en leur sein. La formation de l’institution était en cours. Si les évêques purent procéder à cette prise de pouvoir c’est qu’ils géraient les finances des communautés. Ainsi, l’argent dont ils disposaient leur procurait-il les moyens de rétribuer ceux qui leur étaient fidèles et se montraient obéissants. Afin d’accroître encore davantage leurs capacités financières et par là-même leur pouvoir, ils firent en sorte d’accueillir toujours plus de personnes au sein des communautés, au prix de compromis toujours plus importants avec l’enseignement de Jésus : compromis avec les croyances païennes, compromis avec les tendances humaines à la paresse. C’est ainsi qu’ils ne virent que des avantages à adopter l’enseignement de Paul qui prônait un dieu qui pardonne tous les péchés pour peu que l’on croit en lui. Afin de ne pas compromettre le pouvoir et la position qu’ils avaient acquis, les évêques cherchèrent toujours plus à s’attirer les bonnes grâces des autorités romaines. C’est ainsi qu’il faut interpréter l’interdiction faite aux femmes d’accéder aux fonctions dirigeantes, contrairement à ce qui se passait dans les premières communautés chrétiennes où elles participaient sans restriction à la vie commune. La Commune chrétienne la plus riche était celle de Rome. Dans certains échanges de correspondances entre chrétiens, on trouve des informations très intéressantes à ce sujet. On y apprend que lors des rencontres de la Commune de Rome, le sujet le plus important était l’organisation de l’aide aux pauvres. A lire ces correspondances, on peut en déduire qu’ils connaissaient extrêmement bien leur quartier et qu’ils savaient identifier les besoins de chacun des habitants afin de distribuer l’aide à bon escient. Ainsi, on estime que les chrétiens de Rome venaient chaque jour en aide à 1500 personnes dans le besoin. Par ailleurs, ils soutenaient également financièrement les Communes plus pauvres, comme celle de Jérusalem ou celles d’Asie mineure. Pour toutes ces raisons, la Commune de Rome acquit rapidement un prestige et un statut particulier liés au nombre de riches citoyens qu’elle comptait en son sein. Certains membres de la communauté en tirèrent de l’orgueil. En l’an 190, celui qui se nommait déjà « évêque » des chrétiens de Rome, décida d’exclure de la communauté tous ceux qui refusaient de se conformer aux coutumes païennes célébrées dans tout l’empire à l’occasion de Pâques. Les Communes d’Asie mineure ne firent pas grand cas de cette injonction, mais on se rend compte que dès cette époque, Rome commençait à vouloir imposer sa domination à l’ensemble du monde chrétien. En définitive, il fallut plusieurs siècles à Rome pour devenir le centre du pouvoir catholique, tout au moins dans la partie occidentale, puisque la division intervenue dans l’Empire entraîna également un schisme au sein de l’Eglise, donnant naissance à l’Eglise orthodoxe de Constantinople après que l’Eglise d’Asie mineure ait été excommuniée par l’évêque Victor 1er. Le processus d’infiltration des tendances païennes dans le christianisme des origines était déjà entamé au 2ème siècle après J-C. Dès cette époque, on commença à introduire des sacrements, à ériger des autels, à octroyer à l’évêque une chaise à part, qui plus tard allait devenir un trône. Par contre, c’est seulement au 3ème siècle que les prêtres commencèrent à revêtir des vêtements particuliers. Puis vinrent les pélerinages et les processions, sur le modèle de ceux pratiqués dans les cultes païens, puis la vénération des saints. On l’a vu, Jésus n’a jamais demandé que des personnes soient béatifiées. En effet, si chacun a la possibilité de trouver Dieu en lui-même, pourquoi aurait-on besoin de saints et d’intermédiaires quelconques dans les Cieux ? Dès cette époque, on décréta également l’instauration de fêtes chrétiennes sur le modèle de celles organisées dans les cultes païens. Aujourd’hui encore, la plupart des jours de fêtes importantes correspondent à d’anciens jours de fêtes païennes. Ainsi en est-il par exemple de Noël. Les historiens s’accordent à reconnaître qu’au solstice d’hiver, la période de l’année où les jours commencent enfin à rallonger, bien avant l’époque romaine, on fêtait déjà en Europe la renaissance tant attendue de la nature et l’espérance d’une vie nouvelle. Partout, le feu et la lumière, en tant que symboles, jouaient un rôle important au cours de ces cérémonies. En fait, toutes les religions antérieures au christianisme célébraient le solstice d’hiver dans le but de redonner courage et espoir au peuple angoissé par les sols gelés, l’absence de vie et l’obscurité. Pour leur part, les romains invoquaient Saturne, dieu des semailles et de l’agriculture, dont le nom vient du verbe latin Severe (semer). Sa fête, les Saturnales, donnait lieu à des réjouissances du 17 au 24 décembre. Malgré l’influence croissante de l’Eglise et de ses disciples à Rome, les rites liturgiques chrétiens ne parvenaient pas à s’imposer face aux festivités païennes des Saturnales. Cette fête joyeuse entravait la propagation du christianisme. Mais la chrétienté était également menacée par un autre culte fortement implanté dans l’Empire romain : le culte de Mithra. Au IVe siècle, pour contrecarrer l’influence de ce culte et imposer la sienne, l’Eglise chrétienne prit une mesure très astucieuse. La fête de la naissance du Christ fut avancée du 6 janvier au 25 décembre. En effet le solstice d’hiver du 25 décembre était la fête la plus importante de l’an mithraïen : on fêtait la renaissance du «sol invinctus» (dieu invaincu). L’Eglise n’hésita donc pas à déclarer le Christ «sol invinctus». Et le tour fut joué ! De la même façon, la plupart des fêtes catholiques s’inspire de cultes païens, telle la fête du 15 août, jour de l’ascension de Marie, autrefois une fête importante célébrée en l’honneur de Diane, grande déesse mère. On le voit, ces pratiques qui prirent naissance très tôt ont suffi, en seulement deux siècles, à transformer en grande partie la religion chrétienne en une religion païenne. L’empereur Constantin prit la suite en faisant du christianisme une religion d’Etat, une institution. C’est sans aucune difficulté que l’Eglise, désormais largement imprégnée d’apports païens, prit ce tournant. L’évolution du positionnement de l’Eglise face à la guerre et la violence indique à quel point elle s’est profondément transformée. Dans son livre « Abermals krähte der Hahn», l’historien allemand Karlheinz Deschner écrit ce qui suit (p. 507 ) : « En 313, Constantin octroie aux chrétiens la totale liberté de religion. En 314, le synode d’Adelate décide l’excommunication des soldats déserteurs. Désormais, celui qui déposait les armes était excommunié alors qu’auparavant cette sanction s’appliquait à celui qui les prenait. »
D’une Eglise gangrenée par les rites païens, l’empereur Constantin fit, de facto, une Eglise d’Etat Sous l’empereur Constantin, deux grandes religions se partageaient équitablement les faveurs du peuple romain : le christianisme et le culte de Mithra. Rien qu’à Rome, il existait 800 temples dédiés à la pratique de ce culte. Examinons la façon dont ces temples étaient construits : Ils se composaient d’une nef centrale, de bancs disposés à droite et à gauche de l’allée centrale conduisant à un autel auquel on accédait par quelques marches. Cela ne vous rappelle-t-il rien ? On croirait en effet entendre la description d’une église catholique. Ainsi, il est possible d’affirmer que l’Eglise catholique procède moins du christianisme que des cultes païens de l’époque. A cet égard, le fait que l’Eglise catholique se revendique du Christ et des Evangiles ne doit pas nous égarer. Dans l’ancienne religion iranienne, Mithra était le dieu de la lumière, le symbole de la chasteté et de la pureté et il combattait les forces maléfiques. Au IIe et IIIe siècles avant J.-C., son culte fut répandu dans tout l’Empire romain et l’empereur Aurélien en fit même la religion d’Etat. Les soldats romains, dont bon nombre vénéraient Mithra, furent les ambassadeurs de cette religion qu’ils répandirent jusque dans les provinces les plus éloignées de l’Empire. Les prêtres de Mithra étaient les délégués obligés entre les hommes et la divinité. Le clergé de Mithra était hiérarchisé et une initiation longue et sévère était requise. L’aspirant à la prêtrise devait passer par sept grades désignés chacun par un nom symbolique : corbeau, occulte, soldat, lion, Perse, courrier du soleil, père ou Pater étant le degré le plus élevé. Pour sa part, le clergé catholique se caractérise par un ordre ecclésiastique qui est un classement par grade où une initiation longue est demandée : L’aspirant doit être initié afin d’atteindre les sept grades. Quatre ordres mineurs : acolyte, exorciste, lecteur et portier ; trois majeurs : évêque, diacre et prêtre. Le titre de père ou Pater s’applique à l’ordre supérieur. L’initiation mithriaque accorde aussi une fonction particulière aux mages, corporation sacerdotale célèbre pour son savoir astrologique qui est mis au service de leur culte. En observant les vêtements que portaient ces mages ainsi que le trône sur lequel ils prenaient place, nous remarquons beaucoup de similitudes avec les pratiques du catholicisme. En fait ces similitudes sont tellement nombreuses qu’il est difficile de toutes les reprendre ici. Nous n’en citerons que quelques-unes : - A sa naissance, Mithra est adoré par des bergers. - Le transitus (voyage de Mithra avec le taureau sur les épaules) rappelle le Via Crucis du récit évangélique. - Le mithraïsme était une religion de salut : le sacrifice de Mithra avait pour but la rédemption du genre humain. - Mithra était désigné comme La Lumière, La Vérité et Le Bon Berger. - Le banquet rituel des fidèles de Mithra a des similitudes avec l’eucharistie chrétienne. - Le jour sacré du mithraïsme était le dimanche. - La naissance de Mithra se célébrait le 25 décembre. - Les attributs du pater - niveau le plus important d’initiation au mithraïsme - étaient le bonnet phrygien, le bâton et l’anneau, très similaires à la mitre, la crosse et l’anneau des évêques chrétiens. On prête à Ernest Renan la phrase suivante : «Si le christianisme avait été arrêté dans sa croissance par quelque maladie mortelle, le monde eût été mithriaque.» Après ce que nous venons d’évoquer, comment ne pas croire qu’il l’est ! Serait-ce en guise de reconnaissance que l’on trouve une statue de Mithra au Vatican ? La plupart des historiens s’accordent à penser que Constantin voyait dans la coexistence de deux religions au sein de l’Empire une source de division et donc d’affaiblissement. Beaucoup de fonctionnaires et de soldats, qui constituaient l’un des principaux piliers de l’empire, étaient attachés au culte de Mithra. Le christianisme, lui, était répandu dans toutes les couches de la population, tant chez les riches que chez les pauvres. Ces deux courants étaient donc à peu près équivalents. Constantin entreprit donc de les réunir pour n’en plus faire qu’un. En raison de l’influence qu’il avait acquise, le christianisme fut choisi pour servir de maison commune. Ceci fait, Constantin fit interdire le culte de Mithra dans tout l’empire. Le Concile de Nicée, en 325, marque l’intronisation par Constantin du christianisme comme religion officielle. Il existait encore, à cette époque, au sein de la chrétienté dénaturée, un courant inspiré du christianisme des origines ; les chrétiens ariens qui se référaient à Origène. Origène, grand penseur et philosophe du 3ème siècle s’était insurgé contre le détournement du christianisme des origines et la falsification de la Bible. Il considérait en effet que le christianisme prenait une mauvaise direction, très éloignée de ce qu’il était à l’origine. Lors de la campagne de persécution des chrétiens menée par Decius en 250, Origène subit de graves tortures dont il mourut quatre ans plus tard. Toutefois, ses enseignements et sa pensée se prolongèrent au travers de disciples et de partisans. Arius d’Alexandrie, en Egypte, fut l’un de ceux-là. Il mena sa tâche avec une telle ardeur que ses idées prirent rapidement une place importante au sein du christianisme de l’époque. L’histoire a donné à ce courant le nom d’arianisme. Or, lors du Concile de Nicée, en 325, l’empereur Constantin prit fait et cause contre Arius et ses partisans qui furent excommuniés. A cette époque, au sein de l’Eglise, le fait de consommer ou non de la viande était un thème central qui, on le sait tourna à l’avantage des partisants de la viande. Ainsi, lors du synode d’Ankara, en 314, un décret décida que tous les prêtres ou diacons végétariens seraient démis de leurs fonctions. Il fut décidé que : « les prêtres et diacons qui exerçaient une fonction dans le domaine spirituel et ne consommaient pas de viande devaient en goûter, pour se vaincre eux-mêmes. » en l’occurrence il faut comprendre ‘vaincre leur dégoût de la viande’. S’ils persistaient dans leur attitude et refusaient ne serait-ce que de manger des légumes mélangés à de la viande, ils « s’opposaient à la règle » et « devaient de ce fait être démis de leur fonction ». « ils s’opposaient à la règle… », signifie qu’à cette époque déjà, manger de la viande était devenu une condition essentielle pour devenir prêtre catholique. Afin de s’assurer que les impétrants qui rejoignaient l’Eglise mangeaient bien de la viande, il leur était demandé de prononcer une malédiction à l’encontre des Nazaréens. Cela paraît incroyable, mais ce fait est pourtant tout à fait authentique. Voilà les mots qu’il leur était demandé de prononcer : « Je maudis les Nazaréens, les butés qui refusent de croire que la loi des sacrifices a été donnée par Moïse et qui s’abstiennent de consommer des créatures vivantes. » Au 4ème siècle, bien que l’enseignement de Jésus de Nazareth ait déjà été largement falsifié, il existait encore d’importants débats contradictoires pour déterminer l’authenticité de celui-ci. Cela ressort très bien de l’observation des différends théologiques débattus lors du Concile de Nicée. Le débat central tournait autour de la question de savoir si Jésus de Nazareth était le Fils de Dieu ou Dieu lui-même. Athanase affirmait que Jésus était l’incarnation de Dieu. En ce qui le concerne, Arius, opposant d’Anathase, défendait la thèse selon laquelle Jésus est Fils de Dieu, empli de Dieu, mais pas identhique à Dieu. Pour Constantin, la première conception était parfaitement admissible puisque les romains ne connaissaient qu’un Dieu et au plus une incarnation de Dieu. C’est pourquoi dans l’intérêt de l’uniformisation de sa religion d’Etat, Constantin trancha en faveur de la croyance selon laquelle Jésus-Christ était Dieu, comme cela est encore inscrit dans la profession de foi apostolique. Aujourd’hui, grâce à la Parole de Dieu donnée par la bouche prophétique à notre époque, les chrétiens des origines savent que Jésus de Nazareth vint sur Terre en tant que Fils de Dieu pour y apporter le royaume de paix et qu’Il était empli de l’Esprit de Son Père, Dieu. Malgré les décisions prises lors du concile de Nicée, l’affrontement entre ces deux conceptions se perpétua encore pendant trois siècles, jusqu’à l’élimination définitive du courant arien ou arianique. Ainsi, la doctrine de l’Eglise catholique romaine est aujourd’hui encore imprégnée, dans sa profession de foi apostolique, par les décisions prises au Concile de Nicée sous l’influence de Constantin, chrétien de circonstance ou d’intérêt. D’aucuns penseront peut-être que la question de savoir qui était vraiment Jésus n’est pas si importante. Pourtant, il ne s’agit pas là d’une simple subtilité théologique. En adoptant ce point de vue, l’Eglise voulait, en la simplifiant, rendre la foi accessible à tous et surtout répondre aux souhaits du plus grand nombre. Sous l’influence des cultes païens on offrit donc au peuple un Dieu puissant et efficace, susceptible de résoudre les problèmes du quotidien et d’effacer tout le mal commis, à la simple condition de respecter l’observance de rituels bien définis. C’est donc par pur souci de simplification et d’efficacité que Dieu-Père, Dieu-Fils et l’Esprit-Saint furent réunis en une seule et même personne. Pourtant, si Jésus, le Christ, était empli de Dieu, il n’était pas Dieu lui-même, mais le Fils de Dieu envoyé par Son Père et imprégné de son Esprit. Les premiers chrétiens le croyaient et leurs successeurs le croient aujourd’hui encore. On l’a vu, Constantin était païen. L’esprit véritable du christianisme lui était totalement étranger et son parcours le rendait incapable de discerner où se trouvait la vérité du message chrétien de l’amour. Ce sont d’autres considérations qui l’ont poussé à favoriser une tendance du christianisme plutôt qu’une autre et c’est ainsi que le culte pratiqué à notre époque sous le vocable de chrétien est en réalité totalement inspiré du paganisme et recouvert du manteau du Dieu unique. Dans le christianisme, ce qui n’est pas directement inspiré du culte de Mithra, l’est d’autres cultes païens ; le culte d’Athis, d’Hercule, d’Osiris, d’Isis ou d’autres. Même si le christianisme est devenu religion d’Etat sous Constantin, il n’en reste pas moins une religion païenne. Constantin consultait en effet régulièrement l’oracle. Il fit frapper des pièces de monnaie à son effigie le représentant sous les traits d’un dieu solaire. Il n’accepta les sacrements du baptême que sur son lit de mort et voulut que ceux-ci lui soient administrés par un prêtre arianiste et non par un prêtre de l’Eglise officielle catholique. Mais pour l’Eglise, cela est sans importance. Bien qu’il fut un homme de guerre terriblement cruel qui donnait ses prisonniers en pâture aux ours et fit même assassiner sa propre parenté, l’Eglise l’a pourtant béatifié. Cette distinction qui n’est autre qu’une récompense pour services rendus est d’un cynisme sans égal. Car, il faut bien le reconnaître, Constantin a accordé à l’Eglise d’énormes privilèges, dépossédant les païens de certains de leurs temples pour les lui donner, exemptant les ecclésiastiques du paiement de la plupart des impôts, leur accordant des revenus réguliers, etc... Aujourd’hui encore, dans certains pays comme l’Allemagne, l’Eglise est soutenue massivement par l’Etat et les salaires des fonctionnaires ecclésiastiques, prêtres, évêques et cardinaux sont à sa charge. La formation des théologiens, les cours de religions dans les écoles publiques, sont financés par l’Etat. Les Eglises y sont également exemptées de nombreux impôts. En faisant la somme de tous ces privilèges on obtient un montant de 14 milliards d’euros par an. Cela vaut bien que l’Eglise voue à Constantin une reconnaissance éternelle.
De nos jours encore, officiellement ou non, l’Eglise reste une Eglise d’Etat De nos jours encore, officiellement ou non, l’Eglise reste une Eglise d’Etat de nature politique. En effet, quelle que soit leur couleur politique, il n’est pas un chef d’Etat ou un homme politique qui ne cherche à apparaître en photo aux côtés de l’édile de Rome, à lui baiser la main, à recevoir sa bénédiction, en quelque sorte à lui prêter allégeance à la manière des vassaux autrefois envers leur souverain ? Nous verrons plus loin les formes et le sens que prit cette collusion entre l’Eglise et l’Etat. Nous montrerons son caractère insidieux et démontrerons combien tout cela est à l’opposé des enseignements de Jésus-Christ.
Aller à la 5ème partie : Refuser de prendre part au culte de Marie et d’adorer les saintes reliques, c’est encourir la damnation éternelle. Comment une dictature impose sa domination à une démocratie.
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prophéties sur pape saint siège, inquisition cathare- le chemin intérieur,
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