Lettre ouverte au Pape 1
Après l’élection du cardinal Ratzinger sur le trône de Pierre, un chrétien des origines lui écrivit une lettre circonstanciée. Cette dernière étant restée sans réponse durant de longues semaines, il en écrivit une seconde, à laquelle, jusqu’à ce jour, aucune réponse n’a été donnée non plus. Vous pouvez lire ci-dessous le contenu de ces deux lettres.
2 mai 2005 Très honoré Pape Benoît. Veuillez excuser ce titre qui ne correspond pas à l’étiquette en vigueur, mais il m’est difficile de m’adresser à un homme en le qualifiant de « Saint-Père » ou de « Votre Sainteté ». Ainsi, je ne m’adresse pas à vous ici en tant que responsable suprême de votre Eglise mais tout simplement en tant que frère en Christ. Puis-je me permettre de vous rappeler que nous nous sommes déjà rencontrés dans des circonstances pour le moins critiques. En tant qu’archevêque de Munich et de Freising, vous aviez pris des mesures disciplinaires à l’encontre d’un prêtre de campagne récalcitrant qui refusait de verser le denier de Saint-Pierre. Et c’est justement à mes services d’avocat que cet homme a fait appel, ayant recours à la justice pour éviter d’être suspendu de ses fonctions. Ce litige d’ordre canonique donna lieu à une rencontre et à un échange, que vous avez mené avec beaucoup de compréhension, débouchant sur un arrangement à l’amiable. Le prêtre en fut reconnaissant à son évêque et l’avocat impressionné par la disposition de ce dernier à la réconciliation. Compte tenu du foisonnement d’événements ayant parsemé votre vie depuis, il est peu probable que vous ayez souvenance de celui que je viens de relater tout comme vous n’aurez certainement pas entendu parler d’une émission diffusée sur la 1ère chaîne de télévision italienne RAI UNO et intitulée « dieci minuti », au cours de laquelle un juriste allemand est venu présenter aux téléspectateurs un mouvement religieux se rattachant au courant du christianisme des origines. Et oui, l’avocat munichois d’autrefois est entre temps devenu un humble chercheur de Dieu au sein d’une communauté du christianisme originel (tout au moins il l’espère ) qui s’efforce de comprendre et de mettre en pratique au quotidien les enseignements de Jésus de Nazareth. C’est en référence à cette tentative que je me permets de poser quelques questions au Pape nouvellement élu de l’Eglise catholique, apostolique et romaine. Cela semblera peut-être prétentieux et impertinent, mais le Christ ne fait pas de différence entre grands et petits. Les questions se rapportant à la vie chrétienne n’ont pas à être débattues à huis clos, c’est pourquoi j’ai décidé d’écrire cette lettre sous la forme d’une lettre ouverte. La première question que je souhaite vous adresser, vous l’avez vous-même soulevée au milieu des années 60, comme l’évêque de Limburg, Mgr Franz Kamphaus, l’a rapportée il y a peu dans le journal « Frankfurter Allgemeinen Zeitung ». En effet, à l’occasion d’une intervention à caractère théologique lors du concile Vatican II, vous avez rendu les participants attentifs au fait qu’il était dangereux que le pape se fasse appeler « Saint-Père », car cela est contraire aux paroles de Jésus (Math 23, 8-9) : « Pour vous, ne vous faites pas appeler « Rabbi » ; car vous n’avez qu’un Maître, et tous vous êtes des frères. N’appelez personne votre « Père » sur la terre : car vous n’en avez qu’un, le Père céleste. » Cela paraîtra peut-être un détail insignifiant aux yeux de certains, cependant, comme vous l’avez fait remarquer, ces paroles sont contraires à celles prononcées par Jésus. Par conséquent, la question qu’on est légitimement en droit de se poser est la suivante : A quel point le nouveau pape souhaite-t-il prendre la parole de Jésus au sérieux et renoncer alors à se faire appeler « Saint-Père » et à laisser les fidèles s’agenouiller devant lui ? Ma deuxième question s’adresse à l’Eglise en tant qu’institution. Rappelons que, malgré son passé sanglant, celle-ci se considère toujours comme seule capable d’apporter le salut aux hommes et continue de recruter ses fidèles dès le berceau et de les retenir, par la suite, avec des menaces d’ordre spirituel. Dans votre livre paru en 1968 « Einführung in das Christentum »*, et qui a recueilli beaucoup de lecteurs depuis, vous écrivez que, face à l’histoire de l’Eglise, je cite « nous pouvons comprendre l’effroyable vision de Dante, voyant la prostituée babylonienne assise dans le char de l’Eglise. » (p. 244) L’Apocalypse de Jean nous place devant les conséquences qu’il convient de tirer face à Babylone, la prostituée: « Sortez, ô mon peuple, quittez-la, de peur que, solidaires de ses fautes, vous n’ayez à pâtir de ses plaies ! » (Ap 18, 4) Pourtant, quelqu’un qui choisirait de suivre ce conseil serait immédiatement menacé de la damnation éternelle par l’Eglise. Et celui qui cherchera à résoudre ce conflit qui oppose le salut en Christ et les maux de l’Eglise en se tournant vers la théologie, recevra pour le moins des réponses paradoxales : « Grâce au don du Seigneur, qui s’est livré sans plus se reprendre, l’Eglise est pour toujours la communauté sanctifiée par lui, celle en qui la sainteté du Seigneur est rendue présente au milieu des hommes. Mais c’est vraiment la sainteté du Seigneur qui y est présente et qui, dans un amour paradoxal, choisit sans se lasser, comme réceptacle de sa présence, les mains sales des hommes. C’est une sainteté qui éclate et se manifeste comme sainteté du Christ au milieu du péché de l’Eglise… Ainsi, le visage paradoxal de l’Eglise, où le divin se présente si souvent dans des mains indignes... devient pour les croyants un signe du ‘malgré tout’ de l’amour de Dieu. » ( p. 246 ) Quant à moi, je ne suis pas spécialiste en théologie et c’est sans doute pourquoi je ne peux m’empêcher de ressentir tout cela comme un jeu de l’intellect dont on connaît l’aptitude pour modeler les choses à sa convenance : ainsi, par un tour de passe-passe «paradoxal» l’Eglise prend la place du «Seigneur» et conserve sa sainteté même si elle se détourne de Lui, puisqu’il « s’est livré sans plus se reprendre. » Ce qui vous permet de conclure, page 247 « pour moi, cette sainteté si peu simple de l’Eglise a quelque chose d’infiniment consolant. » Très honoré pape Benoît, que penserait Jésus de tant de paradoxes ? Pourrait-il tolérer que votre Eglise prétende incarner le « Corps mystique du Christ » et que, en vertu du paradoxe de la « sainteté non-sainte », elle puisse s’en réclamer à travers l’histoire malgré les croisades, l’inquisition, la chasse aux sorcières et tous les actes sanguinaires qu’elle a pratiqués au cours des siècles. La devise « une fois sainte, toujours sainte » de l’Eglise, ne représente- t-elle pas un danger potentiel quant à ce que celle-ci nous réserve pour l’avenir ? Dans votre livre, vous faites valoir que, je cite : « il y a toujours de l’orgueil caché là où la critique de l’Eglise revêt cette dureté amère… jointe trop souvent à un vide spirituel… où la réalité propre de l’Eglise n’est plus perçue (que comme) un instrument politique, dont l’organisation apparaît pitoyable ou brutale, comme si la réalité propre de l’Eglise ne se situait pas au-delà de l’organisation, dans le réconfort de la parole et des sacrements… » (p. 247) Comment pouvez-vous, compte tenu du caractère impérial et des structures de pouvoir dont votre Eglise s’est dotée par le passé tout autant qu’aujourd’hui, justifier devant Dieu vos ambitions spirituelles et prétendre annoncer aux hommes l’Evangile au nom de Jésus-Christ ? Permettez-moi une audace, celle de me faire un instant l’avocat du Nazaréen pour vous poser encore quelques questions dérangeantes : Trouvez-vous compatible avec l’enseignement de Jésus le fait que l’Eglise continue à s’approprier l’immense richesse acquise au cours des siècles passés, en grande partie au moyen de la tromperie et de la violence ? Ne serait-il pas temps d’utiliser cette fortune pour contribuer efficacement à réduire la faim et la misère dans le Tiers-Monde ? Que vous conseillerait Jésus en l’occurrence ? Que penserait le charpentier de Nazareth de la débauche de luxe dont le monde a été le témoin lors du décès de votre prédécesseur et de votre propre intronisation ? Les évangiles nous rapportent qu’à l’occasion Jésus ne refusait pas de participer à une fête, comme il le fit lors des noces de Canaa. Mais, ce dont il est question ici c’est de faste et de luxe, d’or et de pourpre, déployés au nom de Jésus, alors que chaque jour, dans le monde, 40 000 enfants meurent de faim. Les observateurs avertis ont vu dans cette mise en scène une démonstration destinée à affirmer la puissance catholique dans le monde. Ainsi, ce spectacle médiatique forcené, digne du réalisateur Cecil B. De Mille, n’a laissé aucune place à la spiritualité et s’est plutôt transformé en une manifestation d’hystérie collective au cours de laquelle il fut rendu hommage au « réprésentant de Dieu sur Terre », comme à une idole, le Christ crucifié, mort sur la croix, seulement entouré de quelques fidèles, devenant ici un simple accessoire dans tout ce décorum. En passant, je m’autorise encore cette question : pourquoi continuez-vous à le représenter cloué sur la croix, alors qu’il est ressuscité depuis longtemps ? S’il est éventuellement possible de passer sur certaines des nombreuses divergences existant entre le simple charpentier de Nazareth et l’opulente Eglise qui se réclame de lui, il ne saurait en être de même en ce qui concerne le désaveu autrement douloureux de Jésus par les dogmes centraux de l’Eglise. N’est-il pas accablant que beaucoup de chrétiens d’Eglise soient à ce point déconcertés quand on leur demande pourquoi le Christ s’est fait homme et pour quelle raison il est mort dans les conditions que l’on sait ? Ceux qui, parmi eux, auront conservé quelques souvenirs de leurs cours de catéchisme pourront toujours répondre que ce sacrifice était nécessaire pour réconcilier Dieu avec les hommes sans se rendre compte de la portée d’une telle réponse qui fait de Dieu un être abominable, tellement offensé par les hommes qu’Il exige d’eux un sacrifice humain, qui plus est, celui de son propre fils Une telle image de Dieu rebute beaucoup de gens et rend suspect Jésus de Nazareth. Ce que j’avance, chacun peut le vérifier en parcourant le Cathéchisme de l’Eglise catholique où l’on peut lire que « La mort violente de Jésus n’a pas été le fruit du hasard dans un concours malheureux de circonstances. Elle appartient au mystère du dessein de Dieu…» Il avait été livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu » (Ac 2, 23). » et que Jésus « …accepte sa mort … pour « porter lui-même nos fautes dans son corps sur le bois » (1 P 2, 24 )… « Ce sacrifice du Christ est unique, il achève et dépasse tous les sacrifices (cf. He 10, 10). Il est d’abord un don de Dieu le Père lui-même : c’est le Père qui livre son Fils pour nous réconcilier avec lui (cf. 1 Jn 4, 10). » Une telle interprétation des évènements de la mort de Jésus sape en profondeur depuis des siècles la confiance des hommes envers Dieu et les empêche de comprendre quel fut vraiment le sens de la venue sur Terre de Jésus. En tant que théologien, vous avez vous-même parfaitement mesuré ce problème puisque, à la page 189 de votre livre, vous évoquez « la lumière sinistre » dans laquelle l’image de Dieu est plongée par cet enseignement. C’est pourquoi vous essayez, avec une grande virtuosité théologique, de relativiser ces aspects en faisant appel à la notion de « satisfaction » telle que la définit Anselme de Canterbury (en fait on peut déjà faire remonter à Paul cette notion) et en faisant valoir que ces aspects ne trouvent pas confirmation dans les évangiles. Ainsi, pour vous, s’il est question du sang de la réconciliation dans l’Epître aux Hébreux, il ne faudrait pas comprendre cela « comme un don matériel, comme un moyen d’expiation à mesurer de manière quantitative », mais tout simplement comme « la concrétisation de l’amour, dont il est dit qu’il va jusqu’à l’extrême. » (p. 236) Ceux qui croient en un Dieu aimant et prennent au sérieux le message de Jésus, ne peuvent pas considérer sa mort comme un holocauste de type païen, mais comme l’expression de sa fidélité absolue à la mission qui était la sienne et qui consistait à annoncer le royaume de Dieu à l’humanité et à œuvrer à l’avènement du Royaume de paix sur la Terre. Si l’Eglise partage cette conviction quant à la nature de la vraie mission de Jésus, pourquoi n’a-t-elle pas encore abandonné ce mythe païen du sacrifice dans son enseignement officiel ? Je vous rappelle que la dernière version du Cathéchisme de l’Eglise catholique ne date que de 1992. Une Eglise qui aussi bien dans son cathéchisme qu’à travers des milliers de textes de recueillement et de prières, invite à vénérer le Fils de Dieu comme un holocauste nécessaire, peut-elle encore sérieusement se réclamer de Lui ? Par ailleurs, comment une Eglise peut-elle faire d’une formule religieuse comme « Agneau de Dieu, qui enlève les péchés du monde » un mantra et en même temps menacer de la damnation éternelle tous ceux qui trébuchent dans la casuistique de son enseignement des péchés mortels ? Dans ma jeunesse, cela pouvait arriver si par exemple on lisait un livre mis à l’Index, si on embrassait une fille avec un peu trop de fougue ou si on ne se rendait pas plusieurs fois de suite à la messe du dimanche. Bien sûr, les choses ne se passent plus ainsi de nos jours, cependant une grande partie des chrétiens d’Eglise sont encore aujourd’hui, selon l’enseignement ecclésiastique, assez proches du gouffre qui mène à l’enfer éternel. Je ne souhaite pas ici défendre une quelconque « dictature du relativisme », mais exprimer mon indignation au nom de Jésus et de son Père - qui est aussi le nôtre et nous aime infiniment -, quand sa bonté toute-puissante est offensée parce qu’on lui attribue à tort le projet de damner pour l’éternité une grande partie de l’humanité. Origène, grand théologien des premiers temps du christianisme, savait parfaitement qu’à la fin des temps tous les hommes retourneront à Dieu (« Apocatastase »). Cependant, lors du Concile de Constantinople, en 553, l’Eglise catholique rejeta l’enseignement d’Origène, non pour des raisons théologiques ou spirituelles sérieuses mais essentiellement parce que l’empereur Justinien, épris d’ordre, voulait étouffer dans l’œuf un différend religieux sur la préexistence de l’âme humaine et la rédemption par le Christ de toutes les âmes et de tous les hommes, susceptible de mettre à mal l’unité de l’empire. C’est pourquoi il n’hésita pas à jeter l’anathème sur Origène et son enseignement et, par-là même, sur une partie essentielle du message du Christ. Ce faisant, l’Eglise d’Etat romaine rejeta la vision d’un Dieu-Père aimant qui ne damne personne et souhaite ramener dans la patrie éternelle toutes les âmes et tous les hommes, toute la création déchue. Dès lors, l’Eglise brandit une arme des plus efficaces : la menace de la damnation éternelle qu’elle employa avec succès au cours des 15 siècles qui suivirent. Elle a également servi de base à l’inquisition et aux croisades qui coutèrent la vie à des millions de personnes. Comment une Eglise peut-elle se réclamer de Jésus de Nazareth alors que, sur une question aussi essentielle que celle-là, elle ne se réfère pas à lui mais à d’autres enseignements ? Très peu de catholiques savent par exemple que la profession de foi apostolique n’a jamais été écrite par des successeurs de Jésus au début du christianisme, pas même par des théologiens, mais qu’elle est l’œuvre de différents empereurs romains, Justinien étant l’un d’entre eux. Ce processus débuta en 325, au concile de Nicée, convoqué par l’empereur Constantin dans le but d’aplanir le premier grand conflit théologique de l’histoire chrétienne opposant Arius à Athanase. Il s’agissait de savoir si Jésus, le Christ, était lui-même Dieu (de même nature que Dieu) ou s’il était fils de Dieu (de nature similaire à Dieu). Ce n’est pas un pieux successeur du Christ, mais un empereur romain non-baptisé qui décréta que le Christ était de même nature que Dieu et qui contribua grandement à décider du contenu de la profession de foi catholique encore valable de nos jours. Si Jésus a dit : « Le Père et Moi sommes un », il n’a jamais dit : « Je suis moi-même Dieu », comme on le prie chaque dimanche à l’Eglise depuis Constantin. Vous savez mieux que moi que bien d’autres articles de foi sont nés de manière comparable : par exemple le dogme de la Trinité et celui faisant de l’Eglise la seule et unique dispensatrice du salut. Là encore, c’est un empereur romain, Théodose, qui, lors du concile de Constantinople en 381, décida par un acte d’autorité de la définition de ce dogme. Il convoqua le concile ainsi que l’un de ses juristes que l’on se dépêcha de baptiser à la va-vite. Immédiatement après, celui-ci fut ordonné prêtre et promu métropolite. Affublé de ce titre, il put conduire les travaux du concile et formuler par écrit de manière juridiquement correcte le dogme de la trinité. Dans le même temps, l’Eglise fut déclarée « sainte » et « apostolique » et ses moyens pour obtenir la grâce furent proclamés instruments de salut de la nouvelle religion d’Etat. Les textes adoptés par Théodose et son juriste font aujourd’hui encore partie du credo de toutes les confessions chrétiennes. Pour autant cela n’a rien de chrétien, car le Christ ne l’a jamais souhaité. Cela est strictement d’origine catholique-romaine. Vous pourriez m’objecter que cela ne me concerne en rien puisque je ne suis pas catholique et par conséquent nullement obligé de croire en ce credo. Toutefois, cette objection ne sera pas valable tant que l’Eglise catholique continuera de prétendre qu’elle est la seule et unique représentante du christianisme et n’admettra pas qu’Eglise et christianisme sont deux choses bien distinctes. J’en viens maintenant à la question névralgique du comportement de votre Eglise envers les chrétiens qui ne comptent pas parmi vos adhérents et qui veulent suivre le Christ de Dieu en dehors du système religieux ecclésiastique. Cette question se rapporte en quelque sorte à votre champ d’action de prédilection en tant qu’ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, dans la succession de l’inquisition ecclésiastique. D’ailleurs, vous ne niez pas cette filiation, bien au contraire, puisqu’en mars 2005, vous avez déclaré ce qui suit sur les ondes de Radio Berlin-Brandenburg : « L’expression « Grand inquisiteur » est une expression marquée sur le plan historique. Mais quelque part, nous sommes dans cette continuité. » Quand on entend cela, on commence à s’interroger et on le fait davantage encore en entendant ce que vous dites ensuite puisque vous affirmez sans détour qu’il convient « cependant de dire » que l’inquisition était un véritable progrès pour son temps, car plus personne ne pouvait être condamné sans avoir subi au préalable un inquisitio, c’est-à-dire un interrogatoire. Tout en vous exprimant ainsi, il semble que vous aviez malgré tout conscience de la manière dont ces examens étaient effectués, à savoir au moyen de méthodes d’une violence inouïe, puisque vous avez pris la peine d’indiquer que « les méthodes du passé étaient en partie critiquables .» En prenant connaissance du contenu de cette interview, on en viendrait presque à se demander si vos propos n’ont pas fait l’objet d’une manipulation ou d’une déformation technique tant on a du mal à y croire. En tout cas, je me permets de vous demander jusqu’à quel point on peut regarder comme fiable la déclaration du Concile Vatican II sur la liberté de religion. La question ne se pose pas seulement parce que l’Eglise a attendu 1965 pour renoncer au droit et au « devoir de réprimer les erreurs religieuses et morales » (Pie XII) mais surtout parce que cette déclaration, à mettre en relation avec d’autres documents de l’Eglise, est elle-même motif à suspicion quand on y lit que « l’enseignement catholique traditionnel concernant le devoir moral des hommes et de la société envers la vraie religion et l’unique Eglise du Christ reste intact. » En l’occurrence, l’Eglise ne s’est pas contentée de faire respecter le devoir auquel il est fait allusion sur le seul plan « moral » mais elle a aussi et toujours utilisé la loi à cet effet. Dans ces conditions, vous comprendrez que l’on puisse s’inquiéter de voir figurer aujourd’hui encore parmi les documents officiels de l’Eglise, la lettre adressée à l’archevêque de Munich par le pape Pie IX dans laquelle il indique que l’Eglise « doit méticuleusement écarter, extirper tout ce qui est contre la foi ou qui pourrait porter dommage au salut de l’âme. » Tant que ce document gardera force de loi au sein de l’Eglise catholique, le droit d’exclusivité que celle-ci s’est approprié en la matière, ne sera pas menacé. C’est ainsi que le psychologue et philosophe Karl Jaspers a dit un jour qu’en raison de ce droit, l’Eglise « serait constamment prête à rallumer les bûchers pour les hérétiques. » C’est pourquoi, un chrétien vivant sa foi en dehors de l’Eglise, ne pourra pas se contenter de déclarations de bonnes intentions en la matière. Au nom de Jésus et des droits de l’homme, il exigera que l’Eglise renonce une bonne fois pour toutes à ses dangereuses prétentions hégémoniques car elles portent en elles les germes de l’agressivité et de la violence. Vos déclarations en faveur de la réconciliation de toutes les familles du christianisme sont bien connues. Aujourd’hui, vous pouvez passer des déclarations aux actes et, d’un simple trait de plume papal, contribuer grandement à un rapprochement. A cet égard, un nouvel « édit de tolérance » signé du Pape aurait de nombreux effets salutaires. Il contribuerait non seulement au rapprochement des différentes communautés religieuses, mais permettrait de surcroît qu’un courant d’Esprit Saint - qui, c’est bien connu, souffle là où Il veut et ne supporte pas longtemps l’étroitesse du carcan théologique dogmatique - s’engouffre dans l’Eglise et la régénère. Comment se peut-il que personne dans le milieu ecclésiastique n’ait encore remarqué que les dons de guérison et de prophétie, dont l’Evangile parle à plusieurs reprises, soufflaient dans les premières communautés chrétiennes et que le courant prophétique, à quelque exception près, ne s’est jamais manifesté au sein de l’Eglise mais toujours extra muros, où il fut pourchassé par le feu et l’épée ? Vous le savez, Karl Rahner lui-même a longuement traité de la possibilité de « révélations privées », privées signifiant ici qu’elles ne se manifestent pas au sein de l’Eglise car celle-ci fait peu de cas des révélations données par le monde divin. Ce faisant, l’Eglise fait valoir, ici aussi, un droit à l’exclusivité qu’elle exerce dans ce cas, non seulement envers les hommes mais également envers l’Esprit de Dieu. Peut-on sérieusement imaginer que Dieu se soit tu pendant deux mille ans alors qu’Il s’est révélé de tout temps par la parole prophétique ? Nombreux sont ceux qui sont convaincus qu’aujourd’hui à nouveau un prophète - en fait, il s’agit d’une prophétesse - vit parmi nous et qu’à travers elle une œuvre de révélation divine et une communauté mondiale dans l’esprit du christianisme des origines ont vu le jour. J’invite les personnes incrédules à parcourir votre livre, cité ici à plusieurs reprises. Au chapitre « doute et foi » vous décrivez, en reprenant la parabole du clown et du cirque en feu de Kierkegaard, la situation du croyant qui alarme les pompiers sans que ceux-ci le prennent au sérieux car il est vêtu en habit de clown. Dans votre texte, le clown symbolise le théologien. Il suffirait de remplacer le terme « théologien » par le mot « prophète » pour que vos paroles : « …de la pesante impossibilité de rompre les modèles de pensées et d’expression » (page 18) prennent une nouvelle dimension et deviennent très actuelles. Les « villageois inconscients » que rencontre le clown dans la parabole de Kierkegaard symboliseraient alors les pratiquants inconscients face au prophète. Dans le « dilemme de la foi », sa révélation n’aurait pas moins de force que le dogme des théologiens car, comme vous le dites très justement, « …même si l’incrédulité a l’impression de se voir confirmée, il lui reste un étrange sentiment de ´c’est peut-être vrai malgré tout`. Le ´peut-être` est le motif d’une inévitable réflexion… Le croyant et l’incrédule ont chacun, à leur manière, part au doute et à la foi lorsqu’ils ne se cachent ni devant eux-mêmes, ni devant la vérité de leur Être. Aucun d’eux ne peut échapper totalement ni au doute ni à la foi. » (page 23 f) Lorsqu’ils ont été confrontés à un prophète, les hommes ont toujours dû faire face à ce dilemme en matière de foi. De tout temps, ils réagirent par le rejet, et parmi eux, les prêtres plus que tout autre. Ceux-ci sont détenteurs de la tradition alors que les prophètes apportent la révolution. C’est une raison suffisante pour que les seconds aient toujours été suspects aux yeux des premiers. Et il en fut ainsi également lorsque le Fils de Dieu lui-même vint sur la Terre et plus tard lorsque des hommes et des femmes éclairés, mystiques et visionnaires menacèrent, par leur existence même, d’ébranler le système dogmatique figé de l’Eglise. Leur sort fut bien souvent comparable à celui du Christ ressuscité tel que le décrit Fedor Dostoïevski dans la légende du « Grand Inquisiteur » extraite des «Frères Karamazov». Voilà ce que le prince de l’Eglise lui susurre à l’oreille : « Nous avons corrigé ton oeuvre en la fondant sur le miracle, le mystère et l’autorité. Et les hommes se sont réjouis d’être de nouveau menés comme un troupeau... Pourquoi donc venir entraver notre oeuvre ?... Nous ne sommes pas avec toi mais avec lui, depuis longtemps déjà. Il y a juste huit siècles que nous avons reçu de lui ce dernier don que tu repoussas avec indignation, lorsqu’il te montrait tous les royaumes de la terre ; nous avons accepté Rome et le glaive de César, et nous nous sommes déclarés les seuls rois de la terre… » (p. 358)* Un tel scénario pourrait à coup sûr se répéter de nos jours si un prophète nouveau venait à cheminer sur la Terre, à l’écart de l’institution ecclésiastique et de sa cohorte de rites et de dogmes, seulement désireux d’en revenir aux sources de l’enseignement de Jésus. Serait-il pris au sérieux par le Pape ou traité comme l’est le Christ dans la nouvelle de Dostoïevski ? A moins qu’il ne soit exposé à la risée générale, comme le clown dans la parabole de Kierkegaard qu’on refuse d’écouter par bêtise et ignorance, alors qu’il serait encore possible de sauver le chapiteau. Une personne ouverte intellectuellement, ne rejettera pas d’emblée la possibilité que le monde spirituel divin puisse adresser aux hommes de notre époque de tels messages d’avertissement. Tout en conservant son scepticisme éventuel, elle examinera une telle hypothèse de façon rationnelle, partant du principe que le fait d’en nier l’éventualité à priori lui ferait prendre le risque de passer à côté de la vérité. Si ses recherches restent infructueuses, elle n’aura fait que perdre un peu de temps et d’énergie. Par contre, si ses observations la conduisent à vérifier la pertinence de la prophétie en question, elle aura, par son comportement, évité de passer à côté d’un danger. Aussi, je me permets de vous adresser la reproduction d’un des messages d’avertissement qui nous ont été communiqués à notre époque par la parole prophétique et je joins également à cette lettre une brochure intitulée « les grands enseignements cosmiques de Jésus de Nazareth à Ses apôtres et disciples qui pouvaient les saisir ». Il ne s’agit en fait que d’un court extrait d’une grande œuvre de révélation, dans laquelle on trouvera des explications uniques sur l’origine et la naissance de la Terre et sur l’apparition de la vie sur notre planète, sur les interactions entre l’esprit et la matière, le corps et l’âme, la santé et la maladie. De plus il y est révélé beaucoup de choses ignorées jusqu’alors sur la vie et l’enseignement du Nazaréen. C’est l’Esprit de Dieu lui-même qui rectifie les erreurs véhiculées sur Jésus de Nazareth et qui révèle ce qui nous a été caché jusqu’ici. Il nous parle également de l’amour de Jésus pour les animaux. De plus, ses révélations apportent des réponses aux questions que chacun de nous se pose sur le sens et le but de la vie sur Terre, sur la signification véritable de l’acte de rédemption de Jésus, sur la loi des semailles et des récoltes, sur la vie de l’âme après la mort du corps, sur le futur de l’humanité, sur le Royaume de paix en devenir, et sur bien d’autres choses encore. J’ignore si cette lettre parviendra jusqu’à vous. Si Dieu le veut, il en sera ainsi. Vous pourrez alors apprécier par vous-même l’intérêt éventuel de mes questions ainsi que la considération de ce qu’il convient d’accorder à l’hypothèse que le monde divin puisse s’exprimer à notre époque, comme il le fit par le passé. Concernant les aspects soulevés par ma lettre ainsi que pour toutes les autres décisions importantes que vous aurez à prendre au long de votre pontificat et de votre vie, je vous souhaite, la bénédiction de Dieu et la conduite du Christ. C’est dans cet esprit que je vous salue en tant que votre frère en Christ. Christian Sailer
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